Frank-Olivier

Il suffit de s’arrêter, d’être attentif au moindre phénomène naturel pour se demander s’il n’y a pas quelque chose de miraculeux en lui. C’est comme si le réel contenait en lui un brin de fantastique, décrit par R. Caillois comme «une déchirure, une irruption insolite, presque insupportable dans le monde réel». Le moindre gravillon peut nous emmener aux confins de la matière et de l’univers. Comment ne pas s’y arrêter? L’art nous projette dans ces questionnements et la représentation en est le fil conducteur.
Face à ce réel foisonnant, ma pratique est comme une prise dans une faille, une fissure, qui dans sa mise en péril de l’édifice, en manifeste la présence. Envie de s’approcher, de toucher, de voir sur quoi elle ouvre. Sur soi et sur les autres. J’attribue à l’art une fonction sociale importante : le dessin et la peinture m’ont aidé à rencontrer la population des Marquises, en même temps qu’ils m’y ont amené.
Je suis à la recherche d’une lumière, qui synthétise les rapports entre espace, temps et matière. Eclatante et sereine.
Par le foisonnement précis du stylo-bille et l’infinité de rendus de la peinture, je développe un univers où le fantastique veut se confondre au réel. Par couches et entremêlements; par l’étude du visage, qui concentre tous nos sens, je suggère une anatomie des perceptions.
Des créatures spectrales à la jungle graphique, en passant par le Club Dorothée chez Delacroix et Rubens, tous ces sujets sont autant de prétextes pour interroger nos contradictions et nos rapports à la culture et la nature.
Peter Doig, Neo Rauch, John Currin, Banksy, Goldsworthy, Roman Signer, sont quelques artistes aux postures différentes, qui nourrissent l’ensemble de mon travail.
Just stop : pay attention to any natural phenomenon to wonder whether there is something miraculous in it. It is as if the real contained a bit of fantasy, described by R. Caillois as a ‘tear, rash unusual, almost unbearable in the real world. «Any grit can take us to the confines of matter and of the universe. How not to stop there? Art projects us into these questions and representation is the thread.
Faced with this abundant reality, my practice is like a plug in a hole, a crack, which in its endangerment of the building, displays its presence. Want to approach, to touch, to see how it opens. On oneself and others. I attribute to the art an important social function: drawing and painting helped me to meet people from the Marquesas, at the same time they have led me to them.
I am looking for a light, which summarizes the relationship between space, time and matter. Sparkle and serene.
By the abundance of specific ballpoint pen and of endless painting, I am developing a world where fantasy wants to confuse the real. Layered and backlashes, the study of the face, which concentrates all our senses, I suggest an anatomy perceptions.
Spectral jungle creatures graph through the Club DorothÈe Delacroix and Rubens, all these subjects are so many reasons to question our contradictions and relations to the culture and nature.
Peter Doig, Neo Rauch, John Currin, Banksy, Goldsworthy, Roman Signer, are a few artists in different postures, which inspire all of my work.
Peintures
Submitted by Frank-Olivier on Fri, 05/03/2013 - 09:39.Cosmic'In
Submitted by Frank-Olivier on Fri, 05/03/2013 - 08:09.
Le 28 juin 2008 à 9h am, Block’Out surgît dans le paysage urbain de la zone Valad à Osny. Le travail pictural in-situ proposé pour la salle de musculation vient commémorer cette naissance dans un rapport astral : ces figures géométriques bleues représentent les constellations visibles de ce lieu à ce jour et cette heure précise.
Cette démarche met en évidence les liens entre espace et temps. D’un instant on déduit une position (dans l’espace) et vice versa (de la position des étoiles (et de tout astre) on peut se situer dans le temps). C’est finalement toujours une histoire de position (dans le temps ou dans l’espace).
Ici les lignes sont bien plus larges que dans les représentations courantes des constellations, elles ont plutôt la largeur du «gros scotch» d’emballage. Ainsi le traitement de ces figures joue sur un décalage entre la majesté céleste et la banalité de la bande collante.
D’autre part, leur aspect flottant et leur forme -très stylisée d’animaux- peut rappeler autant les peintures rupestres que les chaînes de protéines qu’on devine sous nos paupières quand on ferme les yeux.
La salle de musculation devient alors une sorte de grotte moderne dans laquelle s’articule considérations cosmiques et artistiques sur un mode épuré et minimal.
Oeuvre in-situ réalisée par Frank-Olivier et produite par Block’Out en avril 2013.
Acrylique sur placo-plâtre.
Le travail en cours.
Tabou logos
Submitted by Frank-Olivier on Sat, 03/23/2013 - 13:37.Tapu logos est une réflexion sur la Polynésie contemporaine qui a la complexité des sociétés partagées entre une tradition ancestrale et une modernité galopante, prise entre des souvenirs coloniaux douloureux et une puissante influence Etats-Unienne et Chinoise. Elle s’inspire d’un crâne enveloppé de tapa (étoffe végétale obtenue à partir d’écorce) découvert aux Marquises vers 1845.
Par une référence à une tradition sépulcrale marquisienne, j’explore l’art du motif polynésien en y intégrant des motifs contemporains. La réflexion sur le plein et le vide en mode «spiralé» propre à cet art traditionnel océanien est mise en perspective avec le graphisme moderne pour dégager un questionnement sur les limites entre sacré et profane ainsi que leur origine,
L’ensemble est dynamisé et mis en tension par un réseau d’ellipses tourbillonnantes qui métaphorise l’espace/temps et l’énergie : celle du «conatus» comme de la physique nucléaire, dont la Polynésie a été le théâtre pendant les années 60 et 90.
Tabu Logos is a thought on contemporary Polynesia having the complexity of societies which shared an ancestral tradition and urban modernity and which is captured between colonial painful memories and a strong U.S.and Chinese influence. It is inspired by a skull wrapped in tapa (cloth made
from plant coming from bark) and discovered in the Marquesas in 1845.
By reference to a sepulchral Marquesan tradition, I explore the art of the Polynesian design by including contemporary designs. Thought on the full and empty in the shape of a «spiral» which is specific to this traditional pacific is put into perspective with modern graphics to generate a questioning on the limits between the sacred and profane, as well as on their origin,
The whole is energized and tensioned thanks to a network of swirling ellipses which metaphorizes the time/space and energy : that of the «Conatus» just as nuclear physics in Polynesia during the 60’s and 90’s.
Tabou logos - tapa de banian, encre, cordes à piano 45 x 36 x 47 cm 2012
Préhension
Submitted by Frank-Olivier on Sat, 03/23/2013 - 12:58.Par sa résonance avec l’escalade, le terme préhension a été retenu pour l’inauguration d’une deuxième salle d’escalade Block’Out 2 à Paris.
Ce que nous dit Wikipedia et le dictionnaire indo-européen de Pokorny sur la préhension : «La préhension (du latin prehensio : « prendre, saisir, s’emparer de », composé du préfixe prae- (avant, devant) et d’une racine *ghend (« saisir ») issue de l’indo-européen commun (Pokorny). Il a éliminé le classique capere en bas latin, tout en donnant le mot, «depraedor» qui en anglais signifie «to hunt» chasser). La préhension est d’abord la faculté ou l’action de saisir des objets, des proies (on revient à la chasse) ou autre avec la main.
Le terme désigne également la capacité d’un organe quelconque à saisir des objets ou autre. On dit que la main est « préhensile. » L’acquisition de la préhension volontaire marque une étape importante pour l’enfant, celle de l’exploration de son environnement (Exner, 2001). La préhension regroupe plusieurs mouvements indépendants des segments des doigts et de la main permettant de tenir, maintenir, libérer, prendre des objets dans la main ou les manipuler et les déplacer dans toutes les directions (Sande de Souza & Coury, 2012).»
Du fait de son rapport à la main, la préhension est liée au toucher. Et puis il n’y a pas loin pour y voir tous les autres mots composés de «prendre» : comprendre, apprendre, méprendre, entreprendre etc .
J’ai retenu de cette recherche : saisir, main, exploration.
L’oeuvre pour cette inauguration est une série de dessins à l’encre de Chine, sur différents formats. J’ai commencé par représenter des mains dans différentes attitudes, mais en escalade on ne délaisse pas les pieds non-plus. Pour dialoguer avec ces dessins j’ai installé des boules de papiers. Elles sont réalisées grâce aux qualités préhensiles de mes mains et dessinent par leurs plis un réseau graphique que je veux rapprocher de ceux de la peau, des mains ou des pieds. Leurs couleurs sont vives, pour une vibration plus intense qui se conjugue à leur position en décalé du dessin. Ce système crée un autre plan et confére à l’ensemble comme une «troisième» dimension. Ainsi, suivant la position et le déplacement du visiteur, les boules de papier interagissent différemment avec les dessins : une dynamique, un jeu visuel s’installe (à ce titre souvenons-nous des principes de l’anamorphose, explorés pour Block’Out 1).
Préhension - installation, encre sur papier, corde à piano, dimensions variables, 2012
Anamosphères
Submitted by Frank-Olivier on Sat, 03/23/2013 - 12:08.La société «Block’ Out», salle d’escalade située à Osny en Île de France, m’a demandé de réaliser un travail artistique in-situ. Il s’agissait d’intervenir sur les murs blancs au-dessus des blocs d’escalade. Ils représentaient environ 300m2.
J’ai proposé un travail basé sur l’anamorphose et la sphère, en référence à celle qui illumine la salle.
De par son aspect «sensationnel» l’anamorphose est un moyen efficace de mettre en valeur un lieu. La complexité de son élaboration ne ternit pas son côté ludique : on se surprend toujours à jouer de ses déplacements pour trouver le bon angle ou pour observer instantanément les déformations. L’anamorphose est aussi comparable à un «puzzle», un puzzle spatial dont les pièces s’assemblent au gré de nos déplacements. D’autre part, la déformation elle-même, générée par la construction de l’anamorphose, mérite qu’on s’y arrête. Le double langage de cette technique résonne avec l’ensemble de mon travail plastique dans le sens où je cherche à articuler des contradictions, des points de vues divergents par une intégration à l’espace.
Ce travail demeure particulier puisque ses enjeux étaient autant liés à mes interrogations sur le dessin in-situ qu’aux besoins économiques d’une entreprise. Cette expérience m’a permis de mobiliser mes compétences artistiques dans un autre domaine que celui de l’art. J’ai répondu à une commande tout en conservant ma liberté dans le choix de la création.
Anamosphères - acrylique sur béton, 2012
Amplicycle
Submitted by Frank-Olivier on Thu, 02/28/2013 - 15:56.Avant de voir l’oeuvre, on entend un son de frottements, de battements, répétitifs et étranges car on n’en devine pas tout de suite la source. Puis on se trouve face à une installation à l’aspect léger, fragile et en équilibre -presque instable- mettant en scène deux dessins noir et blanc représentant un paysage osseux qui pourrait être un charnier ou une découverte archéologique; cette oscillation thématique se retrouve, plus concrètement, dans le mouvement générale de l’oeuvre mais aussi de la tige, volontairement longue pour évoquer le métronome, attachée à l’un des dessins. Elle semble battre le rythme lancinant de la vie dont on essaye de capter le son improbable : fffrrrrsccchhhhttt, frrrschht, trschht... comme si on cherchait une bonne fréquence radio, comme si la platine lisait la musique invraisemblable des dessins, le son mystérieux du cycle du vivant.Métaphysique du bricolage qui emploie des matériaux et des dispositifs simples, nus (rien n’est camouflé, tout est brut), voir pauvres, comme s’ils étaient plus aptes à parler de l’infini et du tout.
Oeuvre réalisée en collaboration avec le musicien Hoarang.
Archaeological overlap, origins interference, «Amplicycle» is an installation consisting in two original paintings overlapping and creating thru their graphic similarities a visual confusion that evokes the tenuous relationship between Life and Death.
One is driven by a metal rod mounted on a turntable. The sound of friction between the two drawings generated by this circular movement is picked up by a contact microphone that broadcasts sound / rhythm through two speakers (one is placed on the work itself, the other is installed several meters further).
Before seeing the work, we hear a sound of friction, Repetitive and strange beats because we do not immediately guess the source. Then we are in front of an installation which seems light, fragile and -almost unbalanced - featuring two black and white drawings depicting a landscape that could be a grave or an archaeological discovery ; this oscillation theme is found, more concretely, in the general movement of the work but also in the rod the length of which is willingly long in order to recall the metronome and is tied up to one of the drawings. It seems to beat the haunting rhythm of life and we try to capture the improbable sound fffrrrrsccchhhhttt, frrrschht, trschht ... as if we were looking for a good radio frequency, as if the plate was reading the incredible music of the drawings, the mysterious sound of the life cyclet, DIY metaphysics that uses simple, bare materials and devices (nothing is hidden, everything is gross), even poor as if they were more likely to speak about the infinite and the all.
Installation, dessins au stylo bille noir sur toile, montés sur pied de micro, enceintes, amplificateur, 195 x 115 x 62 cm, 2012
Fenua en décalé
Submitted by Frank-Olivier on Thu, 02/28/2013 - 14:54.A l'occasion d'une exposition collective à la galerie des 7 parnassiens, j'ai revisité le dernier tableau que Gauguin a réalisé à Hiva Oa D’où venons-nous, Que sommes-nous? Où allons-nous?. C’est ici le paradis du jouet, mais derrière ces personnages de jeux ou de dessin-animés se devinent des silhouettes noires, des ombres desquelles scintillent des yeux suggérant un climat d’inquiétude ou menaçant. Cette étrangeté fait autant référence à l’ambiance mystérieuse des Marquises qu’aux essais nucléaires exécutés en Polynésie signalés par un détail dans le tableau (je relève comme un paradoxe, une ironie, le fait d’expérimenter la pire arme de destruction sur une terre considérée comme un paradis terrestre. Ces essais n’ont pas eu lieu aux Marquises, même si l’île d’Eiao au Nord était sur la liste des sites potentiels). Le dispositif de dessin en décalé du fond matérialise les décalages liés à la distance géographique et culturelle qui nous sépare de la Polynésie et les distorsions sociales de ce pays.
Fenua en décalé - stylo à bille noir et encres sur papiers découpés, 35 x 110 x 15 cm, 2012
Jouets Class
Submitted by Frank-Olivier on Tue, 04/05/2011 - 17:19.Le jouet aujourd’hui me rappelle autant l’enfance que la société de consommation avec ses produits toxiques de synthèse et ses industries. C’est autant de souvenirs d’insouciance que d’actualité grave.
C’est lorsque j’ai vu «Le radeau de la méduse» dans un amas de jouets qu’est venue l’idée du détournement d’oeuvres «classiques». «Jouets Class», «class» comme «classique» et aussi comme la «classe» où on dispense un cour, une leçon. Ce travail m’a permis de redécouvrir des chefs-d’oeuvres, de les étudier et d’explorer l’encre et l’aquarelle ainsi que leurs liens plastiques avec le stylo bille.
En revisitant ces tableaux, j’approfondis mes techniques et reconnecte ces images anciennes à notre monde contemporain.
Today’s toys remind me childhood as much as the society along with its toxic and synthetic consumable. It brings as many memories of leading a carefree life as thoughts of actual catastrophic news headlines. I often use references of toys and comics super heroes in my work and I also collect them from second hand shops. By observing a heap of my plastic figurines collection, I had the idea of diverting the subject of the classic painting "Le radeau de la méduse" by replacing the characters with these consumable objects.
In the title "Jouets Class" the first sense of "class" is classical painting but equally underlines the concept of "class" as a classroom/school lesson.
These researches allowed me to rediscover and to study this “chefs-d'oeuvre” in-depth. Also to investigate working with ink and watercolours mixed with pen to find out that there is a special relationship between thesethree plastic process.? By revisiting these paintings, I have sharpened my plastic skills but most importantly I have linked these ancient images to our contemporary world.
Dessine moi un freak
Submitted by Frank-Olivier on Thu, 11/11/2010 - 10:45.«Dessine moi un freak» est une exposition collective aux «Ateliers du Tayrac» avec les artistes Bill van Cutten et Victor Druillet, sur le thème du monstre, du difforme, de l’anormal, du bizarre... du «freak». Le «Petit prince» au musée des horreurs.
J’ai pris le zombie comme figure de la monstruosité. «Un monstre est un individu ou une créature dont l’apparence, voire le comportement, surprend par son écart avec les normes d’une société» Wikipedia.
Absurde, vorace et inconscient le mort-vivant est aussi la caricature macabre de l’homme moderne. M’inspirant largement de mes court-métrages fantastiques, j’ai utilisé le pastel sec pour répondre à la recherche d’un compromis entre le dessin et la peinture.
Aussi je considère le découpage comme une forme de dessin (en tant que ligne structurant un espace) et comme une idée de ce que peut être l’art : tranchant, net, double, franc, juste, simple, subtil, brut, déterminant.
Banian/Aoa
Submitted by Frank-Olivier on Fri, 08/20/2010 - 11:38.Je cherche toujours à exprimer plastiquement les ambivalences, les paradoxes, les extrêmes opposés car ils symbolisent pour moi les aspects contradictoires de la vie en général. Les Marquises sont issues d’anciens énormes volcans surgis de l’océan, des terres isolées encore pleines de secrets et d’interrogations que guettent cependant les dangers de la société de consommation. Le Banian m’a immédiatement fasciné : cathédrale végétale et tentaculaire, sa forme même suscite le mystère ; on ne s’étonne pas qu’il soit sacré pour les Marquisiens. Il signifie « la Vie » ou encore « le Souffle de Vie » à savoir que toutes les étapes de la vie s’y déroulent : les femmes y accouchent, on y pratique les tatouages qui symbolisent les différents stades de l’évolution d’un être, adolescence, âge adulte, victoires après des batailles, cultes rituels, intronisations, sacrifices pour motifs divers ou mort naturelle. Après l’avoir étudié rigoureusement par le dessin, j’ai commencé à le manipuler sur de plus grands formats en y dissimulant une autre figure emblématique des Marquises : le tiki. Ce qui m’a amené à une recherche propre sur le tiki et les motifs marquisiens (tatouages, ornementations) en m’attachant aux pleins et aux vides par la technique du pochoir.
"Banian 7" stylo à bille sur papier canson - 110 cm x 70 cm










